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1-  La scierie des Ségoins


Aux Ségoins, à l'entrée de la Chalp,

Valjouffrey réhabilite une scierie et une micro-centrale

 à droite sur cette photo de Denis Champollion

Progression des travaux aux Ségoins

Printemps 2014 

Photos Denis Champollion

2013

Historique

Les documents d’archives communaux, les représentations du cadastre napoléonien, attestent de la présence « d’artifices » hydrauliques sur le bord de la rivière Bonne, aux Ségoins, depuis le XVIIème siècle (et certainement bien avant)*. On relève notamment la trace d’une ancienne scierie et d’un moulin communal à cet emplacement. Ces installations, nombreuses sur le territoire, répondaient à un besoin de la population locale de se fournir en bois, très présent dans l’architecture, et en produits moulus (farines) pour l’alimentation de la population.


LA SCIERIE

Plusieurs scieries se sont succédé aux Ségoins et en aval, sur la rivière jusqu’en 1899. En 1904, le site des Ségoins est totalement réaménagé par Jean Pierre Alphonse Rousset, menuisier compagnon du tour de France. Le moulin communal, désaffecté, et l’ancienne scierie (perpendiculaire à la rivière) font place à une nouvelle construction. Ce nouvel équipement comprend une scie battante et une scie circulaire mues par une roue hydraulique à augets alimentée par un canal d’amenée. La scie, par ses mouvements de va et vient verticaux, peut débiter des grumes de 5 à 7 mètres de long. Jusqu’à 1000 m3 de bois (quand tout va bien) sont sciés par an aux Ségoins.

En 1925, M. Rousset cède, à la commune, l’intégralité de son droit d’eau. Il se fournit en contrepartie en électricité à la toute nouvelle microcentrale hydroélectrique que la société Merlin-Gerin, vient d’édifier à proximité. L’énergie électrique de la centrale voisine remplace alors la force hydraulique.

En 1957, la commune rachète la scierie Rousset, puis l’équipe de nouveaux moteurs électriques en 1970, avant d’abandonner l’exploitation en 1973.


* En 1838, 6 personnes revendiquent la copropriété d’une scierie à la Chalp « sans titres officiels, mais transmises de père en fils depuis des temps immémoriaux »  depuis 200 ans au moins (et il est précisé sur le document d’archives).

Remontons le cours de l'histoire

-       XVIII : Moulin banal et scierie collective au Ségoins exploitant la force de l’eau du torrent de la Bonne à quelques mètres en aval de la scie actuelle

-       1890 : Construction au site des Ségoins, d’une nouvelle scierie par Désiré Rousset édifiée en bordure du torrent de la Bonne (démolition en 1899); disparition de la scierie ancienne

-       1904 : Jean Pierre Alphonse Rousset, appelé « Pierre par son entourage, menuisier « compagnon du Tour de France », âgé alors de 23 ans, va construire, suivant ses plans, la scierie que nous pouvons encore voire aujourd’hui, à côté du moulin communal. désaffection du moulin banal et ouverture de la nouvelle route d’Entraigues auDésert

-       1924 : échange de parcelles pour la création de l’usine électrique, Approbation au traité de règlement d’eau, passé le 12 février 1924, avec M. Rousset Jean-Pierre par lequel celui-ci moyennant une force de 7 CV à prendre gratuitement par lui au tableau de la future usine électrique abandonne à la Commune la disposition de la totalité des eaux du canal de dérivation.

-       1925 : Mise en service de l’usine hydroélectrique des Ségoins

-       1926: électrification de la commune avec prolongation jusqu’à Valsenestre

-       1928: installation électrique dans tous les bâtiments communaux de Valjouffrey

-       1935 : reconstruction de la digue de la Bonne et de la prise d’eau commune de la centrale et de la scierie

-       1957 - 58: arrêt de la scierie Rousset / vente à la commune de Valjouffrey, la scierie devient communale

-       1970-71: adaptation des machines de la scierie avec des moteurs électriques

-       1973 : arrêt de l’exploitation communale de la scierie

-       1985 : étude de relance de la filière bois puis étude sur la relance de la scierie

-       2011 : l’usine hydroélectrique et la scierie sont désaffectées depuis 1957 et 1958

Description des ouvrages

C’est en 1890 suite à une histoire « des scieries successives » en perpétuelle dynamique qu’a été construite la nouvelle scierie de la Chalp, vite remplacée en 1905 par la scierie que nous pouvons voir aujourd’hui.

En 1957, arrêt de la scierie Rousset, vente à la commune de Valjouffrey.

En 1965, relance de la scierie par la municipalité avec une motricité électrique grâce à la remise en route de la centrale électrique.

1973, arrêt de l’exploitation communale de la scierie.

La scierie fonctionnait jusqu'en 1973, témoin de l'intense activité de l'exploitation du bois dans la vallée, elle possède encore des éléments très bien conservés : roues, scies, poulies, etc. ...

La commune a pour but de la transformer en écomusée, une étude est en cours pour la réhabilitation du site.

Le 20 09 2005, Roger Rousset commente la visite de la scierie construite par son grand-père,il l'a lui-même utilisée.

Témoignage Roger ROUSSET

recueilli par Pierre BARNOLA, Madeleine CASANOVA, Danièle VUARCHEX , fin octobre 2003

 Chez M. et Mme Roger ROUSSET à Valjouffrey en présence de M. CLEMENT, beau-frère de M Rousset.

1. Portraits :

  • Pierre ROUSSET : (1882 / 1959) Père de notre témoin, alpiniste, il a fait des courses en montagne avec le Dr Couturier.

Très bon ébéniste, il fabriquait (et vendait peut-être) des meubles. Compagnon du tour de France en menuiserie, bon affûteur, a fait les plans de la scierie et l’a fait tourner depuis 1905 environ jusqu’en 1956.

  • Son épouse,   Judith ROUSSET (1884 / 1976)  dirigeait et cubait le bois.

Elle achetait le bois à la criée aux eaux et forêts de Grenoble. Elle a aussi joué un rôle social très apprécié dans la commune en habillant les morts, et faisant office de sage-femme.

  • Roger ROUSSET : né en 1922 A travaillé à la scierie à partir de 1936 à l’âge de 14 ans, pendant 10 ans (en dehors de la période de guerre).

Pendant la guerre a travaillé à la mine de Pré Clos pour être dispensé du S.T.O.

Il vit actuellement avec sa famille dans la maison familiale l’été, l’hiver, ils se replient dans la région de Grenoble.

2. Les scieries de Valjouffrey :

 4 ou 5 scieries fonctionnaient dans la vallée, la plus importante était la scierie ROUSSET, la plus ancienne était la scierie BLANC-LAPIERRE Julien à Valsenestre, elle a donné son nom au « Pont de la scie ».

Scierie ROUSSET- FLEURY à la Chapelle, BERTHIER aux Faures.

Aux FAURES, il existait un moulin couplé avec une scie au-dessous, elle ne tournait pas toute l’année, elle était plutôt destinée à une consommation familiale.

Les cultivateurs venaient travailler dans les scieries, la main d’œuvre était bon marché, ils élevaient aussi des chèvres, vaches, brebis. On descendait le foin des prairies de Pré Clos sur des liettes. Des canaux d’irrigation permettaient de cultiver de tout, (même des lentilles) pour nourrir les familles nombreuses.

 Le grand-père de Roger ROUSSET a construit la scierie. Au début, le bois était poussé à la main. Il sciait du bois de charpente et de menuiserie.

Puis, vers 1905, Pierre ROUSSET, père de Roger, a pris sa succession.

Il s’est inspiré par la suite de ce qu’il a pu observer en Allemagne pendant sa captivité de 52 mois en Prusse orientale où il travaillait dans une scierie.

 Il a inventé le mécanisme de rouages et de crémaillères qui permet de faire avancer le bois, ainsi qu’une « poulie folle »: poulie ovale en bois  dont l’axe décentré permet le mouvement de va-et-vient de la lame. Les pièces mécaniques ont été fondues à PONT de CLAIX.

(La charpente du foyer municipal a été faite par Pierre ROUSSET et son fils aîné Désiré ).

Un architecte M. Serre Bonnet est venu constater l’efficacité de l’installation et a été très satisfait.

3.   La scierie de la Chalp:

Pendant la guerre, la scierie était louée.

Après 14 / 18, on prenait l’eau de la Bonne pour faire tourner l’usine, un barrage sur la Bonne   permettait à la battante de fonctionner. Après on n’utilise plus la Béalière qui se jetait dans le canal.

9 Août 1944, (6 jours avant le débarquement) la maison familiale des ROUSSET a été incendiée par les Allemands par une grenade incendiaire détruisant toutes les archives personnelles liées à l’activité de la scierie ainsi que les meubles fabriqués par Pierre ROUSSET. Il a juste eu le temps de sauver son « Chef-d’œuvre » de compagnon. Prévenu de l’arrivée des Allemands et de la menace qui pesait sur sa maison par des personnes venant d’Entraigues, Pierre ROUSSET a demandé que la chapelle qui jouxte sa maison soit protégée.

Notons que ce jour-là l’école de Valbonnais a suivi le même sort ainsi que la maison de la famille Blanc Lapierre et la fromagerie Gallet d’Entraigues.

M. Julien Blanc Lapierre, maire de Valjouffrey avait aussi une scierie.

En 46, on arrêtait le moteur à 18 h 00 pour ne pas faire baisser la tension électrique du réseau communal.

La mini centrale a été construite sur les ruines d’un ancien moulin.

Vers 55, EDF venu à Valjouffrey embauchait les employés de la centrale et encourageait la fermeture de la centrale contre des facilités de paiement.

En 57, un ingénieur de chez Magnat Simon vient pour refaire la turbine.

La scie a tourné jusqu’en 56 environ, date de la vente de la scierie à la commune, puis, après 59, jusqu’en 63, 64 la municipalité a essayé de la remettre en route pour du sciage à façon, surtout pour tirer parti des chablis. Un manque de savoir-faire et de coordination entre les utilisateurs et l’entretien du matériel ont conduit cette tentative à un échec.

Maintenant, une scie mobile vient à la demande depuis le TRIEVES pour scier à façon pour des particuliers .

 Fonctionnement de la scie battante des Ségoins

  • Elle tournait toute l’année uniquement avec l’eau du petit ruisseau, la Béalière, un droit d’eau était accordé
  • Les poulies sont en châtaignier, la roue de pêche en mélèze.
  • Une chaîne permet de régler la vitesse de la scie, selon le cran choisi.
  • On sciait 5 m3 de bois par jour.
  • Le bois était destiné à la menuiserie, l’ébénisterie, la charpente.
  • Pierre Rousset travaillait à la scierie, mais Roger ROUSSET devait aller en forêt couper le bois, pendant ce temps, la scierie s’arrêtait
  • la battante débitait les grumes
  • la circulaire délignait les planches.
  • Peu de perte : (1/5 environ) les écoins étaient transformés en bois de chauffage, la sciure était utilisée dans les écuries.
  • Bois scié : résineux surtout : sapin, mélèze, épicéa.
  • Les plateaux de mélèze étaient utilisés dans la commune pour les balcons, le bardage…
  • Les habitants apportaient le bois à Pierre ROUSSET
  • Personnel : 5 ou 6 personnes travaillaient à la scierie mais elle générait aussi l’emploi d’une dizaine de bûcherons. Pas de chômage.
  • « Du temps de » Roger ROUSSET, le bois était acheté par des grossistes et expédié à Lyon, Marseille, en Afrique du Nord.

Exploitation forestière :

Avant on vendait 4 à 5 coupes de bois de 100 m3 chacune, maintenant, l’O.N.F. gère la forêt, marque les coupes (martelage du bois), vend le bois. (2 à 3 coupes pour 1000m3 au total environ)

  • Révolution : avant, tous les 20 ans, maintenant tous les 15 ans.
  • Futaie jardinée : bois de tous âges
  • Futaie régulière : plantée.
  • Les arbres étaient coupés au passe-partout*,
  • L’hiver, on faisait glisser le bois sur des « rises* » gelées. (on risait le bois)

*passe-partout : (longue lame de scie des bûcherons, avec une poignée à chaque extrémité.)

*rises : lieux pour faire glisser les grumes : couloirs naturels ou artificiels, renforcés éventuellement avec des troncs disposés en long que l’on pouvait arroser pour améliorer la glisse.

 

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Photos Georges Buffet

Les temps changent, les scies se déplacent : 

Scie mobile à la Chalp en 2010

Photo Denis Champollion

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